
Annoncé comme le jeu de rôle japonais qui anéantira le clivage entre RPG occidental et nippon, Dragon’s Dogma ne vise rien de moins que d’allier le meilleur des deux mondes dans une seule et même galette. Après trois ans et demi de développement avec de grosses pointures aux commandes ayant notamment œuvré sur Devil May Cry et Breath of Fire, ce titre de Capcom arrivera-t-il à s’affranchir des dogmes ?
Souvent présenté comme le cousin japonais de Skyrim, Dragon’s Dogma propulse le joueur en plein cœur du monde de Gransys. C’est dans un des ses petits villages que l’aventure commence, un beau matin, lorsqu’un dragon rouge passant par là décide de ravager votre village de pêcheurs. N’écoutant que votre courage, et surtout pour vous attirer les faveurs d’une jeune donzelle, vous tentez de repousser l’envahisseur armé d’une épée plutôt cheapos. Seulement, le saurien faisant à peu près 30 fois votre taille, le combat est plutôt vite plié. Au lieu de vous envoyer paître six pieds sous terre, la clémente créature extrait votre cœur, le gobe, vous recoud gentiment et s’en va nonchalamment après avoir brûlé la moitié de votre bourg. C’est donc sans votre organe vital que vous décidez de partir en quête de vengeance, affublé dans la foulée du statut d’élu aka l’Insurgé. Sur ce pitch plutôt léger, l’intrigue aura néanmoins beaucoup du mal à prendre de l’ampleur par la suite et finira même par faire du surplace, laissant stagner le joueur dans sa routine de quêtes et d’exploration. Heureusement, certaines trop rares séquences arrivent de temps à autre à un peu remonter le niveau.
Adieu chara-design emo
Ce qui frappe d’entrée de jeu, c’est l’esthétique des personnages rencontrés. Celle-ci laissant planer un sérieux doute sur la paternité du titre. Alors que les productions en provenance du pays du soleil levant nous avaient habitué à des personnages au look androgyne et à la coiffure improbable nécessitant un architecte et trois pots de gel, Dragon’s Dogma prend cette mode à contre-pied et propose un chara-design plus mature et moins excentrique. Ce qui en fait n’est pas plus mal. Le titre ne vous obligera même pas à devoir jouer un personnage lambda imposé. Comme dans les jeux de rôle occidentaux, un outil de création de personnage ultra complet permet d’incarner à peu près tout et n’importe quoi, du petit vieux chauve à la jeune nymphette très en formes. Et pour terminer la génération de son futur héros, il faut choisir une des trois classes qui auront chacune plusieurs évolutions différentes. Ce qui nous offre un total de neuf professions toutes différentes et bien pensées comme le paladin, l’archer-mage ou l’assassin.
Toutefois, sachez que l’avenir de l’humanité ne reposera pas entièrement sur vos seules frêles épaules pixélisées fraîchement conçues. Tout au long de vos péripéties, vous pourrez être accompagné de trois pions ; des êtres d’apparence humaine, mais entièrement soumis à vos ordres, bref des esclaves-chair-à-canons. Le plus important de vos trois acolytes sera votre pion principal, celui-la même que vous devrez aussi modeler de A à Z. Ce compagnon vous suivra partout sagement sans broncher et, tel un tamagotchi bagarreur, il faudra le stuffer et le leveler avec amour. Les deux autres pions composant votre team ne peuvent pas quant à eux être personnalisés et ne prennent d’ailleurs pas de nivaux au fil des batailles. Vu ce manque d’évolution, il faudra donc régulièrement les jeter comme des malpropres afin d’en dénicher des plus forts.
Plus profond dans le pion
Le système de pion est une des meilleures idées du soft, et mérite donc qu’on s’y attarde un tant soit peu. Les pions apportent une petite dimension sociale au jeu, la seule d’ailleurs. A défaut d’avoir un mode multijoueur (qui fait cruellement défaut), il est quand même possible de « jouer » avec d’autres personnes via leur pion principal. Car les pions secondaires que vous recruterez seront soit des PNJ, soit des pions créés par d’autres personnes jouant au jeu. L’avantage d’opter pour la seconde option est, en plus d’être mieux équipé, que ces aventuriers vous filent un coup de paluche en vous prodiguant divers conseils avisés sur le déroulement d’une quête, s’ils l’ont déjà faite auparavant avec un autre joueur. Un moyen sympa d’être au jus sur certaines astuces. Ensuite, il est aussi possible de s’en servir comme d’une mule en leur faisant porter le surplus de notre inventaire. Mais surtout, le pion est fait pour le combat. Sans eux, chaque rencontre serait synonyme de mort instantanée ou presque.
Sur le front, vous dirigez vos 3 mercenaires via la croix directionnelle afin de leur donner des ordres assez basiques que sont aide-moi, par ici et en avant. Et l’intelligence artificielle fera le reste plutôt bien. Enfin ça n’empêche malheureusement pas quelques ratés bien rageant de temps en temps. Il n’est ainsi pas rare qu’un pion décide subitement de se suicider en sautant dans un ravin, ou, encore plus énervant, qu’il ait envie de dépouiller des cadavres en plein milieu d’une bataille bien tendue… Les pions sont aussi très (trop) loquaces, ils blablatent pour un oui ou pour un non. Par contre, c’est tout en anglais et les sous-titres prennent tellement de place à l’écran qu’on finira vite par les désactiver dans un souci de lisibilité.
Chasseur de monstre dans l’ombre du colosse
Dans ce jeu de rôle, on passe le plus clair de son temps à taper du menu fretin comme des bandits, des gobelins ou des morts-vivants façon hack’n slash. Mais là où ça devient réellement jouissif et impressionnant c’est quand il faut aller se fritter à d’immenses créatures tels des chimères, des cyclopes et autres griffons bien vénères. Dans ces phases là, Dragon’s Dogma s’inspire de ténors en la matière comme Monster Hunter, Demon’s Souls voir même Shadow of The Colossus. Quand on décide de s’attaquer à ses bestiaux bien résistants, il faut s’armer de patience, chercher leur point faible, et au besoin les escalader pour les déstabiliser, ou leur planter un coup d’épée bien placé là où ça fait mal. Certaines scènes sont d’ailleurs mémorables, notamment la première fois que l’on a l’idée saugrenue de s’accrocher sur le dos d’un griffon… Cependant, la bagarre, ça se prépare ! Il faut bien penser à gérer son inventaire, à ne pas se surcharger, mais aussi à créer assez de potions et mettre en raccourci les compétences qui seront utiles pour l’affrontement. Mention spéciale bizarrerie pour la gestion des skills qui ne peut se faire que dans une auberge. Ce choix manque clairement de souplesse et ajoute une certaine lourdeur.
Néanmoins, une fois dans le cœur de l’action, le soft regorge de nombreuses idées fichtrement bien pensées. Par exemple, vos pions peuvent servir d’appât, saisir un ennemi pour l’offrir sans défense à votre lame acérée, ou encore leurs boucliers se transforment en tremplin, histoire de prendre un peu de hauteur lors de joutes aériennes. Ajoutez à cela, une animation aux petits oignons couplée à des dégâts localisés et vous obtenez des combats dynamiques, tactiques, spectaculaires et haletants. Clairement un des gros points fort du jeu. Vu qu’on aime le comparer à un Skyrim, voilà un point sur lequel Dragon’s Dogma le surpasse les doigts dans le nez !
Je vais où maintenant ?
Finie l’époque, pas si lointaine en fait, ou RPG japonais rimait avec couloirs. Avec Dragon’s Dogma, c’est un vaste monde ouvert que vous pourrez explorer librement. Enfin, pas vraiment si librement que ça vu qu’en allant fouiner un peu partout il ne sera pas rare de se faire laminer violemment à cause d’une troupe de bandits trop haut niveau. La carte du monde est grande, très, voir trop étendue par moment. Et parfois très vide aussi. La capitale Gran Soren manque d’ailleurs cruellement de charisme… Oubliez aussi les voyages rapides, ici il faudra tout se taper à pied ! Certes, au début, la magie de la balade opère, mais très vite, devoir bouffer 30 minutes de marche forcée pour accéder à un donjon perdu au fin fond d’une grotte, c’est limite. Les graphismes pas très folichons n’aident pas non plus à l’immersion. Le clipping donne l’impression que les arbres et les herbes apparaissent presque sous nos pieds. Pire encore, les groupes d’ennemis germent parfois à quelques mètres de notre héros, ce qui est plutôt lourd, vu qu’eux par contre ils vous ont déjà repéré. Malgré ces graphismes peu folichon, certains lieux traversés ont un cachet certain, encore plus une fois la nuit tombée, lorsqu’il faut avancer à la lueur de sa lampe à huile. Parce qu’une fois la nuit tombée, on ne voit plus à deux pas. Autant dire qu’il faut redoubler de prudence pour éviter les mauvaises rencontres sous peine de recommencer depuis votre dernier point de sauvegarde. Et justement, ce satané système de sauvegarde mettra un peu trop de piment lors de vos randonnées pédestres.
C’est à se demander comment les développeurs ont pu laisser passer une telle aberration. A moins que ça ne soit par sadisme… Dans ce jeu, vous n’aurez droit qu’à une seule et unique sauvegarde. Idée d’autant plus saugrenue que le système de sauvegarde automatique s’enclenche un peu au petit bonheur la chance, si bien qu’il vaut mieux ne pas s’y fier. Pensez donc à sauver votre progression manuellement très régulièrement, sous peine de devoir parfois vous retaper une heure de jeu voir plus. Vécu et approuvé.
Conclusion
Dragon’s Dogma possède quelques faiblesses indéniables que ce soit dans sa narration, dans ses graphismes ou dans son systèmes de sauvegarde. Mais à côté de cela, il porte aussi en lui de nombreux atouts bien aguicheurs tels que son système de pion et ses combats dantesques. Pour peu que l’on arrive à faire fi de ses défauts, une aventure épique nous ouvre grand les bras à coup de batailles titanesques et intenses, dans un titre qui lorgne au final plus vers le jeu d’action que vers le jeu de rôle.
[checklist]- Les combats
- L’animation
- Le système de pions
- Le chara-design
- Graphisme moyen
- Ça rame parfois
- Pas de multi
- Le système de sauvegarde bien moisi
- Voix en anglais mal doublées












Ce jeu me tente. Peut être pas à prix fort mais certainement à petit prix. Au niveau de la durée de vie, ça se tient ?
Niveau durée de vie, ça dépend un peu si tu te sens l’envie de bien équiper tes persos et de faire les quêtes annexes. Parfois certaines sont très bien écrites, d’autres sont les inévitables, va me tuer 50 gobelins dans la forêt…
Sinon, compte à mon avis 25h-30h en ligne droite, et sans compter le new game + et ton envie de continuer l’aventure. Sinon si tu te sens l’envie de tout explorer tu peux compter sur 100h +.
Sinon, le plus ennuyant c’est qu’il faut un peu se faire mal au début pour commencer à apprécier les combats et tout les restes.
En promo je me laisserai tenter par le jeu. J’attends un peu pour l’instant
A noter aussi un manque cruel et criant de profondeur dans les interaction avec les pnj.
Le systeme de craft est tres « bordelique » et l’ergonomie en générale est vraimment tres discutable (equipement, coffre privée, attribution et acquisition de competence)
Non seulement, les choix de reponses se limite a accepter ou pas une quete, mais les pnj on une tendance a se repeter.
Les voyages d’un point a l’autre de la carte (et ils sont excessivement nombreux), finisse par etre assez ennuyeux, car il n’y quasiment pas de rencontres aléatoires (allez… une ou deux embuscades de temps a autres). On finit par connaitre l’emplacement de chaque ennemi le long de la route. Je trouve ça un peu facheux.
Oui, tu as tout à fait raison. c’est vrai qu’il y a un manque cruel de choix, et quand on te laisse penser que tu as le choix d’agir les conséquences seront les même…
et effectivement, on retrouve toujours les ennemis au même endroit, toujours perché sur les même ruines, encore et encore…
Maxence dans toute sa splendeur: « Plus profond dans le pion » *surkiff*
Merci Bery, je suis doublement ému que c’est mon premier commentaire venant de Chine et qui n’est pas un spam pour des contrefaçons ou du viagra cheapos :)))
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