Test | VVVVVV

Xavier 24 janvier 2011 2

Si on pouvait retenir un truc de marquant de l’année 2010, une chose parmi les autres évènements importants, ce serait bien le retour en grâce de la plate-forme, et surtout la plate-forme 2D, orientée action et/ou réflexion. Braid a bien ouvert la voie et fait de jolis petits ! Autant les indépendants que les grosses machines se sont lancés dans des projets incroyables, le dématérialisé aidant un peu plus ce mouvement. Parmi les jeux ayant reçus un accueil chaleureux de la part des connaisseurs, tels que Shank, Super Meat Boy, Limbo, Pixel!, the Misadventures of P.B. Winterbottom, Ivy the Kiwi ou encore Donkey Kong Country Returns et Kirby Epic Yarn, un sort tout de même de ce lot. Un outsider parmi les outsiders, et ce pour deux raisons. La première est finalement qu’il est uniquement sorti sur une plate-forme « morte », et la deuxième est qu’il est passé un peu inaperçu, y compris dans la presse spécialisée (qui revendique pourtant de mettre en avant l’originalité). Un bout de viande ne l’a pas non plus aidé à briller autant qu’il aurait pu (comme quoi les joueurs restent forts attachés au « people », quoiqu’ils en disent). En plus, on ne peut pas dire qu’il ait un nom qui claque (heureusement cette critique est écrite). Il s’agit de (prononcez vvvvvv).

O Captain ! My Captain !

Autant le dire, ce côté underground de VVVVVV n’a pas été un aspect positif de prime abord. Les images du jeu et son apparente simplicité n’ont pas joué en sa faveur. Car oui, il y a de quoi se poser des questions : un aspect graphique proche de l’Atari 2600 et des premières heures de la NES ainsi que des pièges forts basiques (des pics et des éléments mobiles). A cela s’ajoute un nombre très limité d’actions possibles. Je me suis donc immédiatement dit « vla encore un jeu indie qui pète plus haut que la lune et qui tombe dans la tendance retrogaming à pieds joints, histoire de ». Mais après le visionnage d’une vidéo de gameplay et l’avoir fini, on change complètement d’avis ! Car in fine, VVVVVV n’est aucunement rétro dans sa conception, il est même résolument moderne.

Bien entendu, l’aspect visuel ne change pas une fois le jeu en mouvement. Ca reste très simple, voire simpliste. Cependant, une aura incroyable se dégage des pixels de VVVVVV, on sent très vite qu’ils ont une âme et un cachet fou. Mais ce qui renforce énormément cette impression d’être tombé sur une réalisation au top, c’est bien la musique ! Elle colle à merveille à l’ambiance et à l’univers du jeu. Composée par Magnus Palsson, la bande sonore n’est composée que de morceaux électroniques d’un dynamisme imparable et surtout très mélodieux (oui c’est possible avec l’électro). Un pur plaisir auditif qui, même s’il se répète assez souvent, fait toujours mouche et soutien l’action à merveille (et de l’action, il y en a).

Cependant, croire que la réalisation du titre s’arrête aux 5 sens est une erreur. Sa cohérence continue avec l’histoire de VVVVVV. Elle est pourtant assez simple et devrait vous rappeler le début d’un autre jeu sorti fin 2008 (un indice, sa suite sort cette semaine) : l’équipage d’un vaisseau spatial, dont vous êtes le capitaine, s’écrase sur une sorte de station truffée de salles piégées dans lesquels les membres se perdent. Votre but sera donc de tous les retrouver et survivre.

De cette simple présentation du scénario va découler bon nombre d’idées. Mais surtout, sous cet air d’histoire écrite sur un rouleau de pécu, Terry (le créateur du jeu) va réussir à brillamment faire passer des émotions simples avec des personnages ressemblant à des smileys sur pattes, via des mimiques et des dialogues savoureux qui sauront attendrir, surprendre et captiver un joueur au cœur de pierre. C’est le mot d’ordre de VVVVVV, la simplicité au service de la complexité.

Là où cette constatation est la plus flagrante, c’est dans le gameplay. A priori simple, il reprend une idée assez géniale qui avait aussi fait la renommée du fameux titre de fin 2008. Car oui, comme Isa… Chose, le capitaine Viridian, qui n’a que ce pouvoir, peut… jouer avec la gravité. Là encore, la cohérence avec l’univers et le scénario est d’une justesse remarquable. Ainsi, lorsque Viridian saute, il continue sur son élan jusqu’à atteindre une autre surface sur laquelle marcher. Sauf que ce changement de gravité se fait à vitesse VV’ ! On n’est pas loin d’un Sonic par moment (j’exagère délibérément, mais croyez-moi, le jeu peut être vraiment rapide tout en étant précis et clair à l’écran). A cela s’ajoute un système de rayons lasers qui donnera lieu dans certains niveaux à un véritable remix de Pong (la gravité changeant automatiquement dès que votre personnage touche un faisceau).

C’est donc sur cette simple idée de gameplay que se base les 2 à 3 heures de jeu. Dit comme ça, on se demande un peu ce qui justifie cette durée de jeu. La réponse est simple et souligne encore la finition d’un game design qui pense global : le level design ! Inventif, il est tout simplement une merveille qui soutient comme il se doit l’ensemble des idées mises en place par Terry Cavanagh. Il permet un renouvellement permanent du jeu et pousse le joueur à toujours aller plus loin, quitte à rapidement finir le jeu d’une seule traite ! D’ailleurs, j’ai clairement eu l’impression que la fin fut rapidement atteinte. Mais ce n’est pas tellement pour de mauvaises raisons, je n’ai simplement pas vu le temps passer. Malgré tout, un peu de rab’ n’aurait pas fait de tort car on en redemande !

Malheureusement, même les plus belles réalisations ont souvent des hics, et VVVVVV n’y échappe pas. Et son défaut n’est pas minime et surprend, surtout la première fois : de grosses chutes de frame rate ! D’autant plus bizarre que la démo n’en a pas (testée sous Win7 et OS X Leopard), sans oublier que le jeu ne tourne que sur Flash et qu’il n’est pas une tuerie technique. Comme vous pourrez le constater en fin d’article, je ne l’ai pourtant pas testé sur une machine bas de gamme ou datée. Un autre défaut pourrait également être la durée de vie, comme je l’ai déjà évoqué.

Enfin, je voudrais revenir sur un dernier point qui pourrait inquiéter mais pour lequel VVVVVV fait plus que rassurer : le rythme. En effet, le jeu n’est pas linéaire mais il est sans temps mort. Ainsi, l’aventure se décompose en deux parties. Le but premier est bien évidemment que le Capitaine Viridian retrouve ses équipiers perdus dans les différentes zones de la station orbitale. Ces passages sont (relativement) linéaires et proches de n’importe quel autre jeu de plate-forme. Mais avant cela, il doit découvrir ces zones en explorant les différentes parties de la station abandonnée. Tout se passe dans un grand hub principal -et non sur une carte linéaire- auquel tous les niveaux sont connectés (un système assez rare pour ce genre de jeu). A vous de les découvrir en voyageant dans le vide intersidéral. Et comme vous l’avez compris, il est possible de faire chaque niveau dans l’ordre que l’on veut (ils sont tous accessibles dès le début et tout s’imbrique très bien dans l’histoire).

Cette petite touche de non-linéarité a le bon goût à la fois de coller avec le reste du jeu (perdu dans l’, jouer avec la gravité, rechercher son équipage) mais également d’effectuer quelques petites pauses qui donne une saveur d’autant plus grande à chaque nouvelle zone débloquée (certaines étant bonus et recelant quelques surprises). Des challenges bonus sont aussi à débloquer au fil de l’aventure et accessibles dans le menu principal.

Space Cowboy

Tout VVVVVV m’a enchanté. Et la cause est assez simple : le game design est parfait et admirablement soutenu par une réalisation (presque) sans faille. Un game design qu’on pourra clairement ériger en exemple, autant dans les écoles qu’entre amateurs. Terry Cavanagh et son acolyte Magnus Palsson ont pondu une bonne petite pépite qui se doit d’être découverte par tout amateur de ce genre de perles indés, mais également par les fans de plate-forme. Le jeu n’est pas un foudre de guerre technique, mais c’est bien là son seul péché. Peut-être la cerise manquante sur le magnifique gâteau offert par les deux maîtres pâtissiers cités plus haut mais qui ne devrait aucunement vous rebuter à vous amuser sur VVVVVV.

 

Test réalisé sur un Vaio AW31M, processeur Intel Dual Core 2.53 GHz, 4 Go Ram, Nvidia M9600GT, MS Win7

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