Le passage à la 3D a toujours été un cap difficile à négocier pour toutes les grandes séries. Et certains genres s’en sont toujours mieux sortis que d’autres. Au-delà de la plateforme et du shoot, le beat’em all a longtemps eu des difficultés à avaler la pilule 3D. Depuis, DMC est passé par là et le « cogne-les tous » a reçu une bonne grosse bulle d’oxygène sans pour autant renier son passé 2D.
La série la plus représentative de ce problème de passage de la 2D à la 3D n’est autre que Castlevania. Fleuron de l’action en 2D jusqu’au milieu des années 90, la série a peu à peu perdu pied pour in fine toucher le fond et tomber en désuétude. Cependant, Konami, consciente de la portée du nom Castlevania auprès des joueurs, était bien décidée à redorer le blason Castlevania, et surtout voulait enfin créer un épisode 3D totalement réussi. Le pari à ne pas perdre…
Péché de luxure
Comme le veut l’air du temps, c’est un studio occidental qui se colle à la tâche de « rebooter » la série sur consoles HD. Et autant le dire, Mercury Steam a pris son boulot fort à cœur. Et dès le début, ça peut se sentir et surtout se voir : Lords of Shadow est beau. L’ambiance à la fois maléfique et enchanteresse fait son petit effet. De plus, les décors sont très variés : villages, château, étendue glacée, monastère, forêt, etc. Le jeu tente de flirter avec God of War 3 sans pour autant l’égaler. Mais le titre atteint sans sourciller le haut du panier.
Au-delà du visuel, c’est bien le son qui surprend agréablement. Les musiques soulignent admirablement l’ambiance gothique, à la fois violente et poétique, voire mélancolique. Cette mélancolie se retrouve un peu dans l’histoire : la quête de Gabriel Belmont cherchant un moyen de trouver la paix éternelle auprès de sa bien aimée décédée (tout en sauvant le monde de l’emprise des forces du mal, as usual).
Réussie, elle aussi se hisse (sans trop de mal) parmi les tops du genre. Mais ce qui la rend intéressante et surtout forte, ce n’est pas tant son fond mais plutôt son écriture et de nouveau la bande sonore. Le narrateur imprime un tempo et utilise un verbe vraiment fins et captivants qui nous poussent à avancer dans le récit. De plus, il insuffle des nuances dans la manière d’observer la quête de Gabriel tout en jouant également un rôle assez intéressant dans le déroulement de l’aventure.
Castlevania Lords of Shadow se paie donc le luxe d’avoir une réalisation frisant la perfection.
Péché de colère
Manette en main, qu’est ce qui peut différencier ce Castlevania des autres et quels sont ses atouts ? La première bonne chose est l’arme de Gabriel, le traditionnel fouet/chaine. D’abord, il permettra de varier d’autres phases que celle de combat, comme celles de plateforme ou d’escalade. Ensuite, beaucoup de combos intéressants seront à disposition du joueur pour taillader les vampires, trolls et squelettes qui barreront sa route. Un panel de combos qui permettra à chacun de trouver un style personnel, chaque style possible étant efficace une fois correctement maîtrisé. Il n’y a donc pas une manière idéale de combattre, ce qui est un aspect bien positif. Mais Mercury Steam a ajouté d’autres pouvoirs annexes qui viennent enrichir le gameplay de base.
Le principal ajout est le principe de jauges de magie « blanche » et « noire », apportant elles aussi de la variété dans la
résolution des énigmes et dans les empoignades face aux boss. En combat, elles vous seront utiles pour soit défaire plus rapidement les hordes ennemies, soit améliorer votre défense et obtenir un rechargement de la barre de vie. Ce système fait fortement penser à celui de Dante’s Inferno mais son fonctionnement dans Lords of Shadow n’est pas le même. En effet, c’est en combattant que ces jauges se rempliront et feront effet. Ce système pousse le joueur à combattre vaillamment, donc à esquiver et parer les coups. Car pour remplir ses jauges, il faut être à la fois offensif et défensif. Les orbes permettant de les recharger pourront être collectés en ne se faisant pas toucher et en combattant « avec style ». Enfin, croire que ce système facilite le jeu est… vrai. Mais heureusement qu’il est là, car l’erreur peut être assez rapidement sanctionnée, tandis que certains ennemis sont de vrais casse-burnes. Il faut plus le voir non pas comme une aide, mais comme faisant partie intégrante de la difficulté du titre qui va vous pousser à ne pas trop bourriner.
A tout cela s’ajoute des accessoires qui gonfleront la liste des combos possibles en plus de ceux des deux sortes de pouvoir et de l’arme principale, comme un gantelet qui décuplera la force de Gabriel, ou des ailes lui permettant de s’envoler brièvement , sans oublier les classiques poignards, eaux bénites, etc.
Manette en main, toutes ses possibilités se gèrent finalement avec aisance et les différents mouvements de Gabriel sortent facilement. La parade et l’esquive sont réactives et répondent au doigt et à l’œil.
Péché de gourmandise
Devant un tel tableau idyllique, un air dubitatif devrait se former sur votre visage (surtout après avoir vu la note). Ce jeu a-t-il une faille ? Et bien oui, je dirais même plus une faille temporelle…
Le gros souci de ce Castlevania provient de la durée de jeu, longue, très longue, bien trop longue pour un beat’em all. Comptez 15 à 20 heures pour finir l’aventure ! Faire tenir un tel genre de jeu durant tout ce temps relève de la folie ; c’était couru d’avance que ça allait être un problème, et c’est bien le cas. Bien que les phases de jeu soient variées et plutôt bien balancées entre combat, plateforme/escalade et énigmes, on sent très rapidement une lassitude s’installer, lassitude qui se transformera au fil des heures en véritable chemin de croix. Je n’ai pas joué à Castlevania, j’ai travaillé dessus ! Horrible sentiment d’un supplice sans fin.
J’exagère probablement un peu mais le jeu est réellement plein de longueurs, de rab’ qui s’enchainent les uns à la suite des autres, entrecoupés de scènes mythiques (j’ai préféré ne pas trop en parler durant cet article car des belles surprises il y a, autant ne pas les gâcher). Si le but était de faire ressentir au joueur le calvaire de Gabriel, ben je tire mon chapeau bas.
Jamais l’expression finir un jeu n’avait pris autant de sens jusqu’à Castlevania Lords of Shadow. Et c’est sincèrement bien dommage que tout le château
de carte si bien confectionné par Mercury Steam se ramasse pour une « simple » histoire de rythme et d’intensité. On ne peut même pas dire que le problème soit la densité puisqu’il y aura toujours quelque chose à faire à chaque chapitre, une grosse énigme (souvent extrêmement bien fichue) ou un passage de plateforme un peu plus difficile. Mais le sentiment que tout cela a été ajouté pour gonfler le jeu demeure, indépendamment de la qualité des dits artifices.
J’apporte quand même une nuance et une auto-critique à ce point. Les joueurs ayant du temps « à tuer », les adolescents, les jeunes, apprécieront sûrement cette très longue durée de vie (sans même évoquer la chasse au high score ou aux bonus). Et j’ai l’impression qu’à contrario, ce genre de jeu artificiellement gonflé commence juste à me… gonfler. D’ailleurs, c’est ce Castlevania qui fut le déclic ultime.
Quoiqu’il en soit, le problème demeure et il tue l’essence même du genre beat’em all : l’immédiateté, la rapidité, le défoulement et le maintient du joueur dans une activité constante nécessitant toute son attention, sans temps mort. Le pire étant qu’on ne voit absolument pas où toutes ces heures nous mènent, on perd la raison de l’aventure de Gabriel et, in fine, la vue de l’objectif final. Tout cela est d’autant plus dommageable qu’encore une fois, pris points par points, Castlevania Lords of Shadow est une franche réussite.








Bien d’accord avec ce test!
Ce jeu est excellent: gameplay, design, graphismes, musiques, histoire…
Mais vraiment trop long…
Ah bah voilà Louffe va être content il a un commentaire ^^. Moi je t’avouerai que par rapport au jeu, j’avais envie de l’acheter avant sa sortie mais depuis la démo j’suis refroidi. Peut-être plus tard à pas cher.
Je ne sais pas quel est le niveau de la démo, mais le début du jeu, c’est pas terrible terrible, il faut bien passer les deux premières heures…
Je pense que ça doit être le début du jeu
La démo correspond effectivement à l’intro du jeu.
Et il ne faut pas commenter pour me faire plaise mais plutôt si on en a l’envie et quelque chose à apporter : précision, remarque, désaccord, etc. ^^
Je vais finir par croire que mes papiers sont tellement parfaits qu’il n’y a plus rien à ajouter (humour démago inside) :p
Ne non, mais tu as raison dans ton test, tu aborde un « problème » et un angle de vu différent des autres tests que j’ai pu lire.
Le soucis ce n’est pas forcément les articles, mais même moi sur certains sites que je visite je commente limite jamais. Donc j’peux pas demander aux autres de faire ce que moi même je ne fais pas ^^
Trop long ?
à l’heure où les jeux se finissent en trois heures montre en main, on te file un bon jeu qui a une douzaine d’heure de durée de vie et tu trouves ça trop long ?
Franchement, Castlevania est un excellent jeu, et n’en démorde ta verve surpuissante, le fait qu’il soit long est une qualité, et pas un défaut…
Le seul problème que j’ai constaté, c’est qu’il faut se fader le début en étant quasiment impuissant, mais dès qu’on commence à débloquer nouvelles armes et capacités spéciales c’est que du bonheur.
L’histoire manque un peu de surprise et la fin est naze, par contre l’après générique défonce.
La présentation du jeu particulièrement travaillée laisse à penser que ce jeu a été fait avec soin, et je le trouve au final meilleur qu’un GoW3 déjà excellent.
69%, on se moque de qui, là?
C’est vrai qu’à l’heure actuelle se plaindre de trop long peut être perçu comme tel, après c’est vrai que si Louffe s’est « ennuyé » même 8h peut paraître une éternité. Ca fait du bien de voir un autre avis de l’équipe pour contre balancer l’avis très virulent de l’ami Louffe.
Toi qui y a joué et semble avoir apprécié, la démo n’est donc clairement pas une bonne mise en bouche?
Pas du tout, à part pour les graphismes et l’habillage, la démo n’est pas vraiment vendeuse…
Ensuite à part le boss dragon squelette volant que j’ai trouvé un peu long et les cercles pourris du boss de fin, j’ai vraiment apprécié la balade dans un univers superbe, cohérent et bien construit reprenant les folklores européens dans une ambiance Del Toroesque, si je puis dire…
Ca mériterait de reprendre ton mini avis et l’ajouter en fin d’article tiens.
@Laurent: certes, certes, mais personnellement, je n’arrive pas à aller à la fin, en dépit de toutes les immenses qualités que tu as cité, je n’arrive pas à me motivé, je trouve que le jeu ne se re-nouvelle pas assez…
Mais c’est très subjectif! Je ne suis pas en désaccord avec ton point de vu.
Un jeu avec une bonne durée de vie , c’est bien mais si il te tient devant ton écran…
Puis il est aussi vrais que l’on perd cette notion de passer énormément de temps devant le même jeu depuis que la durée de vie moyenne se situe vers les 7 ou 8 heures…
@Svan: no offense taken, mais je trouve qu’au contraire le jeu est extrêmement varié, aucun niveau ne se ressemble, on ne retrouve que rarement les mêmes ennemis, à chaque salle on peut trouver un challenge nouveau, sans parler des énigmes qui parsèment les niveaux.
On passe du Beat-them up bourrin à de la plateforme exploration, de la réflexion et des salles piégées au timing serré…
En fait, ce que j’en conclus c’est que vous avez un déficit aigu de l’attention, alors la prochaine fois que vous jouez aux jeux vidéo, prenez de la ritaline avant
@Laurent: je vais essayer alors
Prendez de la drogue les piti gens ^^
c’est pas de la drogue c’est un médicament… ça rend les enfants tristes et sages…
Oh je sais, mon ptit frère en a eu avant ^^
Douze petites heures, c’est soit que tu as rushé comme un fou, soit que tu as joué en difficulté rikiki ^^.
Je l’ai fini au troisième niveau de difficulté sur les quatre disponibles, ça m’a pris grosso modo 18 heures.
Je ne lui reproche pas d’être long mais d’être inutilement long, ce qui se produit dans plus en plus de jeux. Et ce n’est pas le seul jeu auquel je fais ce reproche, j’ai eu récemment le même sentiment sur Dead Space 2 : génial mais du rab’ en veux-tu en voilà, toutes les bonnes idées et le jeu pouvant tenir sur six à huit heures au lieu de douze. Et comme je l’ai indiqué à la fin de cette critique, cinq ou six heures de rab’ à la con, chez moi ça ne passe plus, diluer un jeu ne passe plus. Mais c’est mon sentiment, je le précise bien dans l’article, tandis que j’admets très volontiers que ce Castlevania a beaucoup de qualités et de bonnes idées, mais pris globalement, ça ne tient plus.
Ca me fait un peut penser à la différence entre la version originale et Redux de Apocalypse Now. Dans la première, on est vraiment concentré sur ce qui se passe sur la rivière et l’histoire de Kurtz, alors que dans la version Redux, il y a énormément de rab’ (parfois pertinent), de parenthèses, et on perd souvent de vue la raison du voyage de Willard, son obsession de Kurtz. Et ça donne une heure de plus (plus orientée sur la folie, certes). Ben j’ai l’impression que LoS est une version Redux de ce qu’aurait pu être sa version « normale ».
Mais avec la durée de vie, je pense que les avis des joueurs seront toujours partagés.