Les photos illustratives ont été prises avec un filtre HMC UV(0) 49 mm de chez Hoya.
(Soyez indulgents, elles ont été faites par un manchot tétraplégique.)
Le marché de la photographie grand public n’a pas souvent connu de révolution marquante. Les deux dernières depuis une douzaine d’années sont la démocratisation du numérique et l’ouverture aux « casuals » avec l’apparition des compacts de poche, boîtes à souvenirs qu’on voit fleurir en masse depuis. Le reste n’est que nouveauté sur nouveauté qui font simplement partie de l’évolution logique et naturelle de la photographie : de meilleurs logiciels, de meilleurs objectifs, de meilleurs capteurs, le mode HDR, etc. Encore jeune acteur de ce marché, Sony a déjà pu faire un joli coup avec ses appareils Cybershot, mais cherchait à se faire définitivement une place de leadership sur un segment. Celui des reflex étant toujours trusté par Canon, Nikon et d’autres, il fallait créer son propre nid, ce qui devait passer par une troisième révolution pour la photo : de nouveaux appareils. Fort de son expertise sur les compacts et ses reflex mûrissant, Sony a fini par l’obtenir son leadership. Grâce à sa gamme Nex, la marque nipponne devient le fer de lance et le mètre-étalon d’un segment très jeune et prometteur : celui des hybrides compacts reflex. Cette article (ni pro ni scientifique) va donc s’attarder sur le Nex-5, l’appareil qui a fini par représenter et définir à lui seul le genre hybride. Une courte impression pour savoir si oui ou non, il s’agit bien là d’une vraie révolution ou de l’esbrouffe. P’tit buzz mérité ?
La mode Prius
C’est depuis une bonne paire de boules d’années (2007 pour être exact) qu’ont débarqué les « compacts reflex », faisant se rencontrer deux types d’APN (appareils photos numériques) pour en créer un troisième révolutionnaire, à mi-chemin entre le compact et le reflex : un hybride, une sorte de bâtard d’espèce, une espèce de… bâtard. Mais dans cette famille, il n’y en a pas qu’un : au-delà des montagnes et par delà les horizons, il en existe plusieurs sortes. Chez Panasonic, Olympus ou encore plus loin, sur le mont Fuji. Mais celui qui va retenir notre attention ici est le plus connu d’entre eux, celui qui les popularisa à travers le monde : le Nex (non, pas le cochon d’Inde). Trêve de références, ce qui va suivre n’est pas à proprement parler un test, ni même une critique scientifico-technique éclairée OLED, mais plus l’avis d’un néophyte qui donne ses impressions sur un APN un peu particulier : le Nex-5 équipé de son objectif 18-55 mm f 3,5/5,6 avec stabilisateur optique.
Avant tout, qu’est-ce qu’un APN hybride ? Ah ben ça ma bonne Germaine, c’est cor’ un attrape-couillon ! Techniquement, il s’agit d’un APN ayant un form factor et une ergonomie proches des compacts, mais doté d’un capteur similaire (pas proche, similaire) aux reflex d’entrée et moyenne gammes (capteur APS-C, pas full frame). Dit comme ça, on se demande où est la « révolution ». Pourtant, elle est sous votre nez : un capteur APS-C CMOS Exmor dans un compact avec objectif interchangeable, it’s huge amazing. Dans le cas du Nex-5, on peut même parler de reflex compact puisque seule la couche logicielle et l’ergonomie sont différentes (hors objectif, bien évidemment). En utilisant un petit raccourci, il s’agit-là d’un compact qui fait des photos de reflex (extensions Jpeg et/ou RAW). Un slogan commercial qui a de quoi laisser sur le cul.
Concrete lie ?
Depuis quelques semaines, je m’amuse donc à shooter avec mon petit Nex-5 et je vous fais part ici de mon impression non scientifique. Toute première remarque une fois l’appareil en main : la sensation de sérieux qui se dégage de l’engin. On sent directement qu’on va faire de la photo, de la vraie, pas des clichés souvenirs. Une sensation que le boîtier noir incarne à merveille de par son design. D’abord, d’un point de vue purement esthétique, c’est très beau et les matériaux utilisés ne font absolument pas toc. On sent bien là tout le génie du département design de Sony : beauté et efficacité dans la sobriété. Mais la première critique possible vise la prise en main. Sachant qu’un reflex est fait « pour », il bénéficie d’une prise exemplaire. Et bien le Nex-5 lui aussi ! Je dirais même, pour avoir eu récemment un D7000 et un EOS 40D en mains, qu’il s’avère MEILLEUR (je le mets en gros, car c’est plutôt inattendu) qu’un reflex. Attendez, je vois déjà certains me dire « Qu’est-ce qu’il nous chante le néophyte-là ! », « C’est quoi ces conneries ? ». Je m’explique : de par son poids et les détails de son form factor (dont un renfoncement à droite pour une prise en main optimale), il est beaucoup plus maniable et souple d’utilisation. Bien sûr que tout ne tombe pas dans les mains comme un pétale de fleur sur l’eau d’un étang bercé par une douce brise ; ce dernier point reste largement à l’avantage des reflex traditionnels. Mais pour le reste, désolé de secouer le cocotier, le Nex-5 devient déjà une référence, surtout en photo ras du sol et poitrine verticale ou horizontale (la position optimale). Ces deux positions sont facilitées par une fine répartition du poids de l’appareil équipé de son 18-55 mm, peu encombrant et léger sans l’être trop pour autant, et un écran 16/9 1280*720 pivotant verticalement (et aux attaches bien solides). En position de visée, il n’y a pas photo, les reflex demeurent largement meilleurs pour une raison bien simple : le Nex-5 est dépourvu de viseur ! Un des héritages des compacts. Notons enfin que le bouton de shoot est idéalement placé pour la photo poitrine, mais aussi pour la photo visée, si le cœur vous en dit : dans les deux cas, le pouce tombe à merveille.
Plaisir de photographier
S’il faut retenir un gros point fort du Nex-5, je dirais sans hésiter qu’il a le mérite de se focaliser sur les 5 fondamentaux de la photographie : focus, zoom, aperture, speed et ISO. C’est ZE appareil pour débuter puisqu’il n’est aucunement rebutant à utiliser tout en restant précis et efficace. On peut aussi dire que c’est probablement ZE appareil portable pour les confirmés, voire les pros avec l’arrivée du tout récent Nex-7 (sur le papier, une bête de compèt’ à un prix de… compèt’). En l’utilisant, on a un plaisir immense couplé à une facilité d’utilisation ne nécessitant pas 10 heures d’initiation rien que pour comprendre comment marche l’APN. En une heure, et avec quelques conseils, on est vite envahi par la joie de prendre un cliché, de chipoter en changeant quelques paramètres et surtout de voir directement sur le bon écran 3″ combien nos photos sont jolies et respirent la qualité, bien bien loin des compacts et assez proches des premiers reflex. Juste saisissant.
Pour ce qui est des réglages justement, tout est paramétrable et les ISO (la sensibilité) vont de 200 à 12800. On peut regretter l’absence des ISO 100 qui pousse simplement l’utilisateur à jongler un peu plus avec la vitesse d’ouverture. Toujours concernant la sensibilité, la réputation du Nex-5 d’être un APN pouvant aisément monter dans les ISO n’est pas qu’un mythe : il est irréprochable entre 200 et 1600, assure encore très bien à 3200. La limite n’est clairement visible qu’à 6400, niveau auquel n’importe quel reflex grand public souffrirait également. Quant au 12800, c’est juste pour faire joli sur la boîte, comme souvent.
Je vais même aller plus loin : le Nex-5 va vous faire détester le flash. Ce dernier est d’ailleurs un accessoire à monter à part (il est inclus dans la boîte mais pas directement dans l’APN, pour conserver la compacité sans sacrifier le capteur). Il faut vraiment qu’il fasse nuit complète ou que vous assistiez à un évènement sportif avec peu de lumières (typiquement les 24h) pour que vous vous sentiez obligé de le sortir de son petit boîtier. Sinon, vous jouez avec les ISO et la vitesse, ce qui a pour bonne chose de conserver l’ambiance lumineuse du lieu que vous shootez, là où le flash annihile totalement la lumière ambiante et fout littéralement en l’air la photo (quoi moi pas aimer flash ?). Tout ça pour dire que pour les puristes qui ne veulent pas uniquement prendre en photo les objets et personnes, mais aussi capturer l’ambiance lumineuse du lieu, le Nex-5 sera un brave compagnon.
Enchaînons sur l’ergonomie et les ajouts de la version 4 du logiciel embarqué. Le Nex-5 version 2 avait pour réputation d’être peu ergonomique avec des menus pas si accessibles et trop peu de raccourcis paramétrables. Pour ces derniers, c’est vrai, il y en a peu, même en version 4. Mais c’est plutôt un atout puisqu’il y a moyen d’aller rapidement à l’essentiel et que, comme évoqué plus haut, il est ultra facile à utiliser et peu rebutant sans pour autant mettre de côté l’efficacité. La mollette fait certes tout, mais elle le fait très bien, tandis que le menu composé de 6 dossiers est à la fois assez complet sans être trop complexe en assommant l’utilisateur de diverses données farfelues (du moins si on n’est pas un chipoteur chronique). Une pression sur le bouton central donne accès directement à la molette P, A, S, M, Scn, Panorama ; une pression vers le haut permet de changer l’affichage ; une vers le bas pour régler l’EV ; le flash à droite et les différents modes rafale sur la gauche (l’appareil peut théoriquement faire des rafales de 7 img/s). Simple et rapide. Personnellement, j’ai mis en raccourci les ISO sur le bouton du bas. De ce fait, par exemple en mode S, la molette permet de régler instantanément la vitesse d’ouverture, une pression sur le bouton de raccourci (paramétrable dans les réglages) permet de choisir les ISO et paf, on pointe et on tire ! Un mode AF (autofocus) est là pour les fainéants, mais il existe également un mode DMF (AF avec possibilité d’affiner le focus manuellement une fois celui-ci fait) et le classique MF.
Dernier « gadget » apparu avec la version 4 : le peaking. Kezako ? Simple : les zones nettes apparaîtront en surbrillance sur l’écran quand vous ferez le point en DMF ou MF. Avec cette aide, vous n’avez plus qu’à ajuster pour shooter nettement ce que vous voulez. D’habitude réservée aux reflex, cette option montre bien que le Nex-5 n’est pas là que pour faire le petit comique. Mais elle est également bienvenue puisque je vous rappelle qu’il n’y a pas de viseur et qu’on ne travaille qu’à l’écran. L’appareil peut également zoomer momentanément sur la cible que vous voulez shooter pour faciliter la mise au point d’objets lointains. Un mode HDR est également présent, tout comme le quadrillage, l’histogramme et d’autres réglages classiques. Il y a donc pas mal d’options fort pratiques qui vous permettront d’affiner toujours plus vos prises et vous pousseront davantage à rechercher une certaine perfection à chaque photo.
Néanmoins, le Nex-5 n’est pas tout à fait un reflex et ça se sent dans les options. Il est par exemple impossible de fixer des bornes ISO et vitesse en fixant la focale pour réaliser des shoots. L’appareil pourra bien évidemment adapter automatiquement les ISO et la vitesse en mode A (priorité ouverture), mais il est possible que ces deux paramètres s’envolent ou descendent au-delà des limites que vous auriez aimé fixer semi-manuellement. C’est ce genre de détail qui fait encore la différence entre un reflex moderne et le Nex-5.
Pour finir sur une note qui relativise quelque peu ces impressions plutôt positives, il faut bien parler du plus gros défaut de cette appareil : les fiches et objectifs propriétaires qui nuisent à la l’évolutivité du Nex-5. Seuls les objectifs Sony et Minolta sont compatibles (mais il semblerait que des bidouilleurs aient trouvé des astuces), tandis que la griffe du flash est aussi propriétaire (elle permet également de fixer d’autres accessoires Sony : soit un viseur optionnel, soit un micro). Heureusement, ils n’ont pas poussé le vice jusqu’aux cartes mémoires et le Nex-5 supporte sans souci les cartes SD/SDHC/SDXC (et il dispose d’une mini-USB et d’une mini-HDMI). Le risque est donc bien réel d’accrocher à la photo et à l’engin, de vouloir évoluer ou modifier et de se retrouver coincé, ne pouvant facilement changer d’objectif ou de flash, chose très aisée sur n’importe quel reflex. On se dit alors que pour éviter ça, il suffit de directement passer aux reflex.
Peut-être, mais le Nex-5 faisant si rapidement et agréablement aimer la photo avec sa bouille si particulière et sa conception exemplaire, il n’est pas garanti que vous aurez le même coup de foudre en vous retrouvant directement avec une biroute entre les mains… Surtout si vous aimez partager facilement et rapidement vos photos ou que vous êtes une fille. Loin de moi l’idée de pratiquer le sexisme, mais force est de reconnaître que les reflex restent rebutants pour la gente féminine qui peut désirer vouloir changer son compact joujou pour quelque chose de plus sérieux. Et de toute manière, si vous commencez avec un Nex-5, rien ne l’empêchera de cohabiter avec un reflex par la suite, en tant que second appareil plus maniable, et sans trop de compromis, sachant que des objectifs plus spécifiques que le 18-55 mm existent : le 16 mm f 2.8 « pancake » transformera votre Nex-5 en véritable appareil compact portable. (Il faudra savoir jouer avec les limites du 16 mm et on regrettera peut-être l’absence d’un 24 mm aussi fin et plus polyvalent, mais le risque de distorsion optique deviendrait grand). Sur le papier, le troisième objectif proposé par Sony semble un peu trop manger à tous les râteliers : un 18-200 mm f 3.5/6.3 de diamètre 67 mm ayant un intervalle de zoom bien trop large. (On aurait pu davantage s’attendre à un 70-200 mm en complément des 16 mm et 18-55 mm, mais Sony vient de sortir un 55-210 mm f 4.5/6.3 pour pallier quelque peu à ce manque.)
Nex-5N et Nex-3C
En septembre, Sony a renouvelé sa gamme Nex, en plus d’en ajouter un pour les pros (le Nex-7, peut-être le vrai reflex killer de la gamme Nex). Alors quoi de neuf et vaut-il la peine, sachant que l’ancien Nex-5 reste disponible à la vente ? Pour le Nex-3C, la réponse est non pour deux bonnes raisons : trop peu d’évolutions transcendantes entre le Nex-3 et la version C, ainsi qu’un form factor qui a quelque peu changé, plus en rondeur tout en délaissant les détails qui permettaient d’avoir bien en main l’ancien modèle et le Nex-5 (creux pour la main droite retiré, déplacement du bouton de shoot rendant plus difficile la photo poitrine, etc.). Qui plus est, le Nex-5 avec une carte SD classe 6 de 8 Go étant facilement trouvable à 499 €, le Nex-3C à plus de 600 € fait plutôt tache.
Pour le Nex-5N, c’est un poil plus compliqué. Côté esbrouffe, on passe de 14.2 à 16.1 mégapixels, il y a un écran tactile et on peut grimper jusqu’à 25600 ISO (WTF). Côté utile, il y a l’ajout des ISO 100, qui permettent d’augmenter un peu plus la vitesse, et des rafales à 10 img/s (ahurissant, sachant que certains reflex récents n’en sont pas encore là), qui demanderont probablement d’investir dans une carte SD de classe 10. Enfin, un défaut du Nex-5 est réglé sur la version N : l’ancien ne pouvait filmer qu’en AVCHD 1080 i 16/9 sans pouvoir changer l’ouverture ou la sensibilité pendant le tournage (tout était fait automatiquement), alors que le Nex-5N peut filmer en 1080 p 16/9 50 p ou 25 p et permet d’ajuster manuellement ouverture et sensibilité. C’est indéniablement un plus, surtout si vous filmez beaucoup (et que vous avez une TV 1080 p). Mais dans ce cas, on peut se demander pourquoi acheter un APN et pas une caméra… Côté prix, avec l’objectif 18-55 mm, le Nex-5N coûte 200 € plus cher (699 €).
Conclusion
Plaisir de photographier, compacité, sobriété et efficacité, voilà ce qui peut caractériser le bijou Nex-5 (n’ayons pas peur des mots). On peut même soupçonner qu’à terme, la branche Nex deviennent la principale des APN Sony tant la firme nipponne a pu rapidement offrir un produit abouti, quasiment complet, qui rend la photo accessible et la fait aimer rapidement et dans de bonnes conditions. Soit le premier bon APN « sérieux » pour commencer la photo, soit le bon compagnon pour les photographes nomades confirmés un peu bobog (bourgeois bohème geek). Et comme le souligne Renaud dans sa chanson : on est tous un peu bobo et on aime aussi l’être tous un peu. Sony l’a bien compris avec ce Nex-5.
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PXL Score
90 %
- Petit reflex et compact costaud
- Prise en main et maniabilité exemplaires
- Le très bon compromis entre les formes et les poids respectifs d’un compact et d’un reflex
- Capteur APS-C 23.5×15.6 CMOS Exmor dans un si petit appareil (rapport proche de 1,5 comparé au FF)
- Il vous fera aimer la photo de qualité
- À l’aise dans les ISO élevés (1600 et 3200)
- Pas mal d’options intéressantes (ver. 4) : peaking, HDR,…
- Le beau compagnon de voyage qu’on aimera dégainer, pour débutants ou confirmés
- Des films en AVCHD 1080 i 25 img/s et une capture son plutôt corrects
- Peu évolutif
- Objectifs bien sans plus et peu de choix (hors bidouille et nouveautés 2011)
- Où sont les capuchons de l’APN et de l’arrière de l’objectif ?
- Pas d’option film 720 p
- Pingrerie pour les ISO 100 et le AVCHD 1080 p (réglée avec le Nex-5N)











