Gossip, un groupe que j’ai tardé à découvrir et qui s’avère assez intrigant. Entre sa chanteuse bien particulière, sa voix, son extravagance et le style musical original de ce groupe de l’Arkansas (on est loin de la country cependant), ma curiosité n’a fait que s’accroître. Les singles du groupe sont très bons et j’ai finalement sauté le pas en écoutant leur deuxième album Music For Men, un nom bien particulier qui tranche et qui laisse déjà entrapercevoir que la sexualité dans le groupe n’est pas tellement une histoire de tabou (la jaquette et le nom ne sont pas un hasard). Après des mois et de nombreuses écoutes, je reste toujours sur le cul.
Great Music for a great band
L’album commence par un morceau qui annonce déjà bien la couleur : ça va être bien rythmé, un peu jazzy, avec des mélodies entêtantes, et une voix sublime et incroyablement dans le tempo, le tout admirablement soutenu par la basse et une guitare qui intervient toujours au bon moment pour porter l’estocade. Sur cette intro assez originale et qui a le mérite de bien planter le décor, le groupe enchaine avec leur premier single : Heavy Cross. Comme je l’ai dit, les deux fameux singles de Gossip issus de cet opus sont bons, mais franchement, on se rend vite compte qu’au fil de l’album, le groupe a relativement bien caché son jeu. Le résultat ? On a plus que de la pop/rock colorée et peut-être un poil naïve. Le sens du tempo et de la mélodie qui tue revient au galop avec le troisième morceau, 8th Wonder. Le début de l’album est finalement assez haché, dans le sens qu’on commence par une introduction qui tranche, un single plus consensuel bien qu’efficace, un nouveau morceau plus piquant pour retomber de nouveau sur un single que tout le monde connaît, et qui est la première chanson un peu plus sweet de Music for Men : Love Long Distance.
Cependant, à partir de la cinquième chanson, l’album quitte cette configuration pour définitivement partir vers une musique à la fois originale et entrainante. Le côté swing/percussion colorées de Pop Goes the World en est un excellent exemple. Et hop nouveau changement avec Vertical Rhythm et son petit riff de guitare haché et puissant du plus bel effet tandis que la voix de Beth Ditto se veut plus langoureuse. Un magnifique exercice de style. Et hop ça enchaine avec deux autres merveilles bien différentes tout en gardant la Gossip touch, pour ne pas changer, Men in Love et For Keeps. Arrive le morceau que franchement je vénère. Un rythme de folie, une mélodie, un tempo d’anthologie, un truc simple mais si génial et entêtant, je dis woaw, il s’agit de la chanson 2012. Le tempo de la basse est magnifique et la guitare qui vient de temps à autres trancher avec son riff d’enfer. Sans parler du refrain. Pour moi le sommet de l’album, s’il fallait considérer qu’il n’y en ait qu’un seul. Ce morceau représente finalement assez bien la musique du groupe : un rythme imparable, simple mais pas dénué de finesse et qui fait immédiatement mouche.
Pour conclure l’album, on atterrit en douceur avec Love and Let Love, un titre qui a le mérite d’être un sacré clin d’œil et une jolie référence. Puis arrive les toutes premières notes de Four Letter Word, qui font tout de suite penser à Gorillaz et les premières notes de Stylo. C’est dire à tel point cet album est varié, complet, et jamais pris en défaut. De l’électro, du rock, une pincée de rythmes du Sud, du jazz, tout ça mixé de la plus belle des manières. La conclusion est digne de l’introduction, avec une légère touche punk et un petit coup de cuivres. Elle clos admirablement un masterpiece.
Côté son, je ne peux que louer la manière dont l’album a été enregistré. C’est propre, ni trop fort ni trop bas, avec des basses claires mais intenses et des aigus qui n’assaillent pas les oreilles, même sur une installation moyenne. Le son souligne admirablement la présence de la basse et de la batterie, participant au style du groupe tout en le renforçant lors de l’écoute. C’est un pur plaisir de sentir des frappes aussi nettes et intenses du côté de la batterie et de savoir apprécier à sa juste valeur la partition de la basse qui joue malgré tout son rôle d’ajouts de nuances de graves. Et comme voulu, le son de la guitare est bien réglé pour rendre ses interventions décisives, à la fois douces, puissantes et captivantes pour nos petites oreilles.
Cet album est tout simplement un exemple, un mètre-étalon, le genre de tour de force qu’on cite lorsqu’on veut définir ce qu’est une pièce exceptionnelle. A ranger auprès des Paranoid, Franz Ferdinand, The Colour and The Shape ou encore From here to Here et 6666667 Club, pour ne citer que ceux-là. Gossipez-le à votre entourage !
Enfin, si vous souhaitez savoir si le premier album du groupe, Standing in the Way of Control, est du même tonneau, la réponse est oh que oui ! Gossip est un des très rares groupes à avoir faits deux premiers albums exceptionnels, comme les Girls in Hawaii, Metallica ou les Foo Fighters, là où d’autres n’ont pu faire qu’un seul coup de génie comme Black Sabbath ou Guns and Roses. Chapeau bas l’Arkansas !







