
Cronenberg avait déjà pu nous surprendre lors de ses précédents films. Délaissant l’horreur organique d’un Videodrome ou même Existenz pour plonger dans la violence pure avec History of Violence ou les Promesses de l’Ombre. Puis, il prit encore une fois tout le monde à revers et décida d’aborder la psyché humaine à travers l’histoire de Carl Jung et Freud dans le film A Dangerous Method. Des films qui semblent éloignés en apparence mais qui pourtant, réunissent en chacun les thèmes de prédilection de Cronenberg. Mais qu’en est-il de Cosmopolis ? L’adaptation du roman éponyme de Don DeLillo réputé justement inadaptable. Cronenberg réussit-il le même coup de génie qu’avec le Festin Nu (adaptation du roman beat de Burroughs) ? Capte-t-il l’essence du livre d’origine tout en posant sa patte et ses thématiques en son sein ou ne fait-il qu’une bête adaptation du roman ?
Eric Packer est un homme qui à tout. Extraordinairement riche, intelligent et séduisant, il ne lui manque pourtant qu’une seule chose. Une nouvelle coupe de cheveux. Il décide donc de traverser toute la ville, alors que la ville se voit paralysée par une visite présidentielle, à bord de sa grande limousine blanche pour rejoindre son coiffeur personnel.
Cosmopolis était à la base une critique du capitalisme, de son système et du rapport de l’être humain à celui-ci. Un livre que l’on pouvait rapprocher sans trop de risque à l’American Psycho de Breat Easton Ellis. Ainsi, le périple du jeune Packer n’est qu’un moyen de le confronter au système et pouvoir ainsi le critiquer. Cronenberg réussit à ce niveau à retranscrire avec brio le message du film, la lente décadence d’un système et sa destruction par le peuple. Mais il n’oublie pas pour autant de mettre au sein de son propre film, les thématiques qui lui sont chères. Ainsi, l’être humain sera au centre du film, son rapport à l’autre, son égoïsme et la présence de la souffrance pour se sentir exister. On retrouve ainsi un même traitement de la société que dans Videodrome, un rapport à la chair toujours ambiguë et la lente prise de conscience d’un homme sur sa condition et sa position au sein de son univers. L’histoire d’un homme qui malgré sa richesse n’existe pas, ne se sent pas vivre. Situation qui l’amènera à chercher à mourir pour pouvoir vivre.
Aborder le film de manière classique serait une erreur tant le fond et la forme sont intimement liés. Impossible de parler de la réalisation sans aborder en même thème les messages qu’elle distille. Impossible aussi de n’aborder que le message ou les enjeux du film sans traiter en même temps des choix filmiques du métrage. Un mot tout de même sur le casting. Robert Pattinson prouve qu’il n’est pas qu’une gueule (brillante), il est aussi très bon acteur. Sans atteindre des sommets, il retranscrit parfaitement le personnage de Packer, jeune milliardaire désabusé, qui achète pour se sentir exister. Le reste du casting est tout aussi excellent, entre un Mathieu Amalric entarteur ou un Paul Giamatti qui nous livre l’une de ses meilleures performances lors d’un final dérangeant.

Le dernier film de Cronenberg est une œuvre complexe, un film qui ne se laisse pas aborder simplement, qui se refuse même en premier lieu au spectateur. C’est à lui de faire l’effort de comprendre, de chercher un sens à ce qu’il voit (à la manière d’un film de Lynch). De plus, la faible présence de musique tout au long du film, renforce cette inaccessibilité, aucune musique pour insister sur un sentiment ou vous tirer quelques larmes. Le spectateur peut ainsi se voir rebuté par ce film de prime abord bavard (le livre l’est tout autant), ces dialogues incessants ne semblant pas vouloir dire grand-chose mais aussi par un rythme, (le film se déroule la plupart du temps dans cette fameuse limousine), qui peut sembler d’une extrême lenteur au début. Rien n’est pourtant gratuit, tout sert un message, une idée qui ne prend de sens qu’à la fin, lorsque l’on contemple l’œuvre dans sa globalité. À la manière encore une fois d’un film de David Lynch, on ne comprend qu’avec une vue d’ensemble, impossible d’appréhender le film avant la fin.
Cosmopolis est un film qui se doit d’être vu pour ensuite en discuter. Impossible d’avoir un avis tranché sans en débattre par la suite, échanger les idées, tenter de comprendre le sens. Un film que je ne peux que vous conseiller pour ensuite revenir me donner vos impressions à chauds.




